Maintenant, ilse sentait complet. Il avait des sens plus nets, une intelligenceplus large. C'était comme si, tout d'un coup, il se fût réveillélion, avec la royauté de la plaine, la vue du ciel libre. Quand ilse leva, ses pieds se posèrent carrément sur le sol, son corps sedéveloppa, orgueilleux de ses membres. Il prit les mains d'Albine,qu'il mit debout à son tour. Elle chancelait un peu, et il dut lasoutenir.- N'aie pas peur, dit-il. Collocation de robe
Tu es celle que j'aime.Maintenant, elle était la servante. Elle renversait la tête sur sonépaule, le regardant d'un air de reconnaissance inquiète. Ne lui envoudrait-il jamais de ce qu'elle l'avait amené là? Ne luireprocherait-il pas un jour cette heure d'adoration dans laquelle ils'était dit son esclave?- Tu n'es point fâché? demanda-t-elle humblement.Il sourit, renouant ses cheveux, la flattant du bout des doigtscomme une enfant. Elle continua:- Oh! tu verras, je me ferai toute petite. Tu ne sauras même pasque je suis là. moncler Nouvelles Mais tu me laisseras ainsi, n'est-ce pas? dans tesbras, car j'ai besoin que tu m'apprennes à marcher... Il me sembleque je ne sais plus marcher, à cette heure.Puis elle devint très grave.- Il faut m'aimer toujours, et je serai obéissante, je travailleraià tes joies, je t'abandonnerai tout, jusqu'à mes plus secrètesvolontés.Serge avait comme un redoublement de puissance, à la voir si soumiseet si caressante. http://www.monclerfemmesolde.com/blog/
Il lui demanda:- Pourquoi trembles-tu? Qu'ai-je donc à te reprocher?Elle ne répondit pas. Elle regarda presque tristement l'arbre, lesverdures, l'herbe qu'ils avaient foulée.- Grande enfant! reprit-il avec un rire. As-tu donc peur que je nete garde rancune du don que tu m'as fait? Va, ce ne peut être unefaute. Nous nous sommes aimés comme nous devions nous aimer...

On a jadis fait tant de depenses

On a jadis fait tant de depenses & pertes d'hommes à la reconqueste de la Palestine, à quoy on a peu proufité: & aujourd'hui à peu de frais on pourroit faire des merveilles, & acquerir infinis peuples à Dieu sans coup ferir: & nous sommes touchés d'une se ne sçay quelle lethargie en ce qui est du zele religieux qui bruloit nos peres anciennement. Si on n'esperoit aucun fruit temporel en ceci je pardonnerois à l'imbecillité humaine. Mais Il y a de si certaines esperances d'une bonne usure, qu'elles ferment la bouche à tous les ennemis de ce pays là, lesquels la decrient afin de ne perdre la traite des Castors & autres pelleteries dont il vivent, et sans cela mourroyent de faim, ou ne sçauroient à quoy s'employer. Que s'il plaisoit au Roy, & à la Royne Regente sa mere, en laquelle Dieu a allumé un brasier de pieté, prendre goust à ceci (comme certes elle a faict au rapport de la Conversion des Sauvages baptizés par le soin du Sieur de Poutrincourt) & laisser quelque memoire d'elle, ou plustot s'asseurer de la beatitude des cieux par cette action qui est toute de Dieu, on ne peut dire quelle gloire à l'avenir ce lui seroit d'estre la premiere qui auroit planté l'Evangile en de si grandes terres, qui (par maniere de dire) n'ont point de bornes. Si Helene mere de l'Empereur Constantin eust trouvé tant de sujet de bien-faire, elle eust beaucoup mieux aymé edifier à Dieu des temples vivans que tant d'edifices de marbre dont elle a rempli la terre saincte. Et au bout l'esperance de la remuneration temporelle n'en est point vaine. Car d'un part le Sieur de Poutrincourt demeure toujours serviteur du Roy en la terre que sa Majesté luy a octroyée: en laquelle il feroit le rendez-vous & support de tant de vaisseaux qui vont tous les ans aux Terres neuves, où ilz recoivent mille incommodités, & en perit grand nombre, comme nous avons veu & oui dire. D'ailleurs penetrant dans les terres, nous pourrions nous rendre familier le chemin de la Chine & des Molucques par un climat & parallele tempéré, en faisant quelques stations ou demeures au Sud de la grande riviere de Canada, puis aux lacs qui sont plus outre, le dernier desquels n'est pas loin de la grande mer Occidentale, par laquelle les Hespagnols vont aujourd'hui en l'orient. Ou bien on pouroit faire la méme entreprise par la riviere de Saguenay, outre laquelle les Sauvages rapportent qu'il y a une mer dont ilz n'ont vu le bout, qui est sans doute ce passage par le Nort, lequel en vain l'on a tant recherché. De sorte que nous aurions des épices

Nous déclarons franchement à M

Comparez cette citation avec celles de Liebknecht et de Bebel et vous verrez qu'elles se contredisent absolument. L'une est l'essence du socialisme d'État contre laquelle l'autre doit lutter. Il faut choisir pourtant: Ou nous travaillons—comme dit Bebel—à réaliser tout ce qui est possible sur le terrain des réformes et améliorer autant que faire se peut la situation des travailleurs, sur la base des conditions sociales existantes; et ceci constitue la «praktisch eintreten (l'intervention pratique)» par laquelle la social-démocratie allemande obtient aux élections un si grand nombre de voix;—ou l'on part de l'idée que, sur la base des conditions sociales existantes, la situation des travailleurs ne peut être améliorée. Choisit-on la première hypothèse, on prolonge les souffrances du prolétariat, car toutes ces réformes ne servent qu'à fortifier la société existante. Et Bebel veut quand même reconnaître, pour ne pas être en contradiction avec Engels, qu'en dernière instance il faut en arriver a l'abolition de l'État, «la constitution d'une organisation de gouvernement qui ne soit autre chose qu'un guide pour le commerce de production et d'échange, c'est-à-dire une organisation qui n'a rien de commun avec l'État actuel». En somme, pratiquement on travaille à consolider l'État actuel, et en principe on accorde qu'il faut en arriver à l'abolition de l'État. Cela n'a ni rime ni raison.

Bebel dit au Parlement: «Je suis convaincu que, si l'évolution de la société actuelle se continue paisiblement, de telle façon qu'elle puisse atteindre son plus haut point de développement, il est possible que la transformation de la société actuelle en société socialiste se fasse également paisiblement et relativement vite; c'est ainsi que les Français, en 1870, devinrent républicains et se débarrassèrent de Napoléon, après qu'il eut été battu et fait prisonnier à Sedan.» Quelle autre signification peut-on donner à cette phrase que: Si tout se passe paisiblement, tout se passe paisiblement? Nommons des hommes capables pour remplir leurs fonctions—c'est le terme employé.—Comme si c'étaient les hommes et non le système qui est défectueux. N'est-on pas forcé de respirer de l'air vicié en entrant dans une chambre dont l'atmosphère est viciée? C'est la même chose que si l'on disait: Je suis convaincu que, si les oiseaux ne s'envolent pas, nous les attraperons; quand nous leur mettrons du sel sur la queue, nous les attraperons. Quand … mais voilà justement ce qu'on ne fait pas. Et ces paroles sont dangereuses car elles créent chez les travailleurs l'idée qu'en effet tout peut se passer paisiblement et une fois cette idée ancrée, le caractère révolutionnaire disparaît. Frohme, député allemand, ne dit-il pas que «vernünftigerweise (raisonnablement)» il ne peut venir à l'idée de la social-démocratie allemande de «vouloir abolir l'État»? Ne lit-on pas dans le Hamburger Echo du 15 novembre 1890:

«Nous déclarons franchement à M. le chancelier que nous lui dénions le droit de dénoncer la social-démocratie comme un parti menaçant l'État. Nous ne combattons pas l'État, mais les institutions de l'État et de la société qui ne s'accordent pas avec la véritable conception de l'État et de la société et avec sa mission. C'est nous, les social-démocrates, qui voulons ériger l'État dans toute sa grandeur et toute sa pureté. Nous défendons cela sans équivoque depuis plus d'un quart de siècle et M. le chancelier von Caprivi devrait bien le savoir. Là seulement où règne la véritable conception de l'État, existe le véritable amour de l'État.»

Quand nous entendons parler et lisons les définitions du «véritable socialisme» de la «véritable conception de l'État», nous pensons toujours au temps du «véritable christianisme». Il est regrettable que, de même qu'il y a eu vingt, cent véritables christianismes qui s'excluaient et s'excommuniaient mutuellement, il existe actuellement vingt et plus de véritables socialismes. Nous aurions dû oublier depuis longtemps ces bêtises, mais, hélas! cela n'est pas.

dans dix ans je vous en demanderai compte

Ma foi, vous feriez bien de me le dire, monsieur Maurice; en route, et comme je venais, chassant devant moi mon âne, sauf votre respect, j'ai ramassé une baguette de chêne,—on a mal à voir comme le vent les abat,—à cette occasion je me suis proposé de vous demander si de mon héritage, qui est de cent trente-trois mille francs, comme vous savez, je ferais mieuxd'acheter la pièce de bois du vieux Guillaume, en plein rapport depuis deux ans, tout chêne de haute futaie: pas un pouce de jour; ou bien—voilà que j'ai vu sauter trois carpes; dieu de dieu! quelles carpes!—ou bien les étangs de Burigny; sauf votre respect, c'est assez l'avis de ma femme. Ce diable d'âne, comme je vous disais, s'est mis à manger de la luzerne,—c'est un bon commerce, monsieur Maurice! si j'en achetais quelque cent arpens, que j'ai pensé? il faut bien que je place cet argent quelque part.—Bonjour, monsieur Smith! que j'ai dit à M. Smith, qui m'a répondu sur ces entrefaites: Bonjour, Pierrefonds. M. Smith est ce brave homme qui a empesté le pays de fumée, le mécanicien qui construit des chaudières où il cuit du fer. J'avais pas plutôt marché quatre pas que j'ai dit: Conclu! Touche là, Pierrefonds, j'aurai une usine. Je mets mon argent là. Pensons plus à rien. Ah! oui; il y avait un séchoir de laine à traverser, et, sauf votre respect, je n'ai jamais vu de plus belle laine, et alors, tout naturellement, j'ai pensé que je ne saurais mieux placer mon argent que dans le plâtre; ou bien... Ma foi, votre serviteur, prenez-moi cet argent, et disposez-en comme vous l'entendrez, monsieur Maurice: dans dix ans je vous en demanderai compte. S'il a poussé, tant mieux! nous récolterons; s'il est mort en terre, eh bien! il n'y aura pas eu de votre faute ni de la mienne, la graine était mauvaise.

—Nous tâcherons d'être prudent, Pierrefonds; puisque la fortune est venue, elle restera. Nous allons d'abord nous occuper d'un solide placement. Plus tard, je t'écrirai pour te marquer l'emploi le plus avantageux que j'aurai trouvé à ton argent. En attendant, je vais te délivrer un reçu de tout, mon ami.

—Pas de ça! monsieur Maurice, pas de ça: c'est de la défiance. Tous les reçus du monde ne valent pas votre probité, sauf votre respect. Adieu, monsieur Maurice; je suis un peu pressé, je pars. J'ai encore deux sacs d'avoine à acheter au marché. Portez-vous bien. A propos, j'oubliais de vous remettre l'argent. Voilà trente mille francs en or, cinquante mille en papier: demain, le valet de ferme, en venant chercher votre fumier, apportera le reste. Salut, monsieur Maurice.

Le soleil avait disparu.

A l'horizon, le clocher de Senlis se montrait dans la brume.

M. Clavier et Caroline rentrèrent dans le salon de plain-pied, dont ils prenaient ordinairement possession l'été, et qu'ils abandonnaient l'hiver à cause de la fraîcheur des murs.

Le couvert était mis.

Caroline vérifia si rien ne manquait au service, alla faire un tour à la cuisine, et, quand sa revue de bonne ménagère fut faite, elle interrompit le vieillard dans la lecture de son Parfait Jardinier, pour l'engager à dîner. M. Clavier poussa son fauteuil vers la table: Caroline ne prit place qu'après une invitation.

—Je vous recommande bien, mon enfant, lui dit M. Clavier, quand vous irez à minuit allumer le poêle de la serre, de refermer soigneusement les portes du cabinet de communication, ce que vous avez négligé de faire l'autre jour; aussi, les deux températures s'étant confondues, les plantes du Japon ont eu les feuilles roussies par l'élévation inaccoutumée de l'atmosphère, et celles du Cap-Vert ont souffert du froid. A propos, vous ne m'avez point remercié, oublieuse, du tapis bien doux, bien épais, que j'ai étendu dans la galerie vitrée, de la dernière marche de notre escalier à la porte des serres.

Caroline prit la main de M. Clavier et lui sourit.

—Je dois vous gronder encore de l'inconcevable lenteur que vous mettez à chauffer les poêles. Hier vous êtes descendue à minuit—oh! je vous ai bien entendue,—et vous n'êtes plus remontée qu'à deux heures. Vous aimez beaucoup à lire dans la serre, la nuit, je le sais, Caroline; mais, prenez-y garde, les fleurs et nous ne pouvons guère vivre ensemble: notre haleine les flétrit; leur parfum nous asphyxie: il faut que nous les tuions ou qu'elles nous tuent.

D'après ces quelques paroles, bonnes sans doute, mais tempérées par beaucoup de réserve, il eût été difficile de dire le rang que Caroline occupait dans la maison. Elle ne se livrait point à de grossiers travaux domestiques; ses mains blanches le disaient assez: pourtant Caroline était habituellement éveillée, comme la bonne, à cinq heures l'été, à six heures l'hiver. On voit même qu'elle se levait à minuit pour renouveler la chaleur artificielle des serres: charge délicate, du reste, et qu'on ne doit pas confier à l'insouciance des domestiques, sous peine, le matin, en allant visiter ses baches, de trouver ses palmiers et ses ananas rôtis. Caroline repassait en partie son linge, et taillait elle-même ses robes. Auprès de M. Clavier elle accomplissait d'autres devoirs que l'usage lui avait rendus indifférents, mais qui eussent effrayé par leurs détails minutieux un moins bon caractère que le sien. Cette soumission que l'on conçoit très-bien chez le domestique qu'on paye ou dans l'enfant qui vous aime, étonnait chez Caroline, qui n'était ni la domestique ni l'enfant de M. Clavier.

Il résultait, pour elle, de cette nuance qui n'était pas l'autorité, qui n'était pas la servitude, une position singulière dont les voisins—et à Chantilly on a pour voisins tout le monde—n'avaient jamais deviné le sens en pénétrant curieusement dans l'intérieur de M. Clavier. L'inégalité d'âge entre lui et sa jeune protégée faisait taire la calomnie, mais elle ne suffisait pas pour retenir l'indiscrétion. Les rares amis que M. Clavier recevait dans l'intimité, son notaire, son médecin, quelques agriculteurs, avaient difficilement l'occasion de parler à Caroline, qui descendait peu lorsque des étrangers étaient au salon; mais ceux-ci, pour ne l'avoir aperçue que quelquefois à la dérobée, n'en avaient pas moins été frappés de sa modestie et de sa grâce. Elle eût été, du reste, fort embarrassée au milieu d'une société nombreuse: un respect continuel pour l'homme qui n'osait adoucir, par des caresses de père, la vénération qu'il inspirait, ni déshonorer la main où s'appuyait sa caducité en la remplissant d'or, avait imprimé à la jeune fille une défiance particulière. Caroline eût répondu avec dignité à qui se serait oublié en lui parlant comme à une servante; et pourtant elle n'aurait su répondre à la déférence qui l'eût traitée en maîtresse de maison. Sa condition douteuse était devenue pour elle une seconde pudeur. Caroline eût rougi de tout le monde.

—Pensez-vous, lui demanda M. Clavier, que M. Maurice soit actuellement à Chantilly?

hier, au café de Suède

Aussi, quelle ne fut point ma légitime stupeur en apercevant, hier, au café de Suède, mon ami Alexandre Legrand!

Mais quel Legrand!

La face entièrement rasée à la façon des acteurs, un chapeau à bords plats légèrement incliné sur l'oreille, une cravate dite Lavallière, un mac-ferlane, bref tout à fait l'aspect de ces artistes lyriques de provenance souvent toulousaine.

En plus, il appelait, non sans affectation, les garçons du café par leur petit nom, et deux un peu trop grosses bagues étincelaient à ses doigts.

Il tint à m'offrir un quinquina Dubonnet et m'expliqua:

—Oui, mon cher, j'ai balancé la finance! À bas les bureaux! Vive le